À Beyrouth, le docteur Khalil, médecin légiste et praticien de famille, homme à femmes distingué féru de plongée sous-marine, reprend son travail à l’hôpital après un congé maladie. En déjeunant avec des amis, il fait allusion à une agression qui lui a laissé une forte fièvre. Mais il ne semble toujours pas dans son assiette, multiplie les absences et fuit sa maîtresse. Dans le même temps, policiers et médecins enquêtent sur un tueur en série, qui laisse toujours à ses jeunes victimes la même morsure au cou. Le rythme des meurtres s’accélère…Chant funèbre
Un rocher battu violemment par le ressac ; un jeune homme immobile (endormi ou mort ?) dans la pénombre d’une chambre ; une danseuse de flamenco qui fait claquer ses talons dans le silence ; de menaçants militaires en armes escortant un haut personnage aux cheveux blancs ; puis, sur une petite plage, le dialogue paisible du docteur Khalil avec un pêcheur de sa connaissance, occupé à repeindre sa barque en rouge vif. D’emblée, Ghassan Salhab installe un mode narratif parallèle, où des plans d’une inquiétante étrangeté viennent parasiter les images rassurantes de la capitale libanaise à la vitalité survoltée. La véritable héroïne de ce film prémonitoire, conçu et tourné longtemps avant que la guerre n’éclate à nouveau, c’est Beyrouth, minée de l’intérieur par le démon de la destruction, où “la fêlure n’a de cesse de redevenir gouffre”, écrit le cinéaste, auteur de Beyrouth fantôme (1999) et Terra incognita (diffusé par ARTE en 2003).
“Khalil, poursuit-il, est enfant de Beyrouth. Et l’on pourrait dire que Beyrouth, ville mutante, a enfanté un mutant.” Des mutants qu’il filme avec amour et colère, composant ainsi par petite touches un chant funèbre qui se clôt sur un désespoir muet. Une métaphore portée par Carlos Chahine, qui, avec une surprenante économie de moyens, communique insensiblement au spectateur un sentiment d’horreur mêlée de compassion.Le dernier homme
Téléfilm de Ghassan Salhab
(France/Liban, 2006, 1h40mn, VOSTF)
Scénario : Ghassan Salhab
Avec : Carlos Chahine (Khalil), Aouni Kawas (l’autre), Fayeh Hmaissé (le Dr Labib), May Sahab (l’assistante)
Image : Jacques Bouquin
Montage : Michèle Tyan
Son : Patrick Allex
Musique : Cynthia Zaven
Chorégraphie : Isra Galvan
Coproduction : Djinn House Productions et AGAT Films & Cie, avec la participation d’ARTE France
ARTE France






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